23/04/2013

Lecture de bus

Imaginez : un bus bondé comme tous les matins. Des lycéens s'accrochent aux poignées et aux barres, ballottés à chaque chaos. Un travailleur de chantier descend au prochain arrêt, je me glisse à sa place. Une chance, je vais être assise un bon bout de temps.  J'en profite pour lire. Un recueil de contes traîne dans mon sac. Je le sors, c'est exactement le genre de lecture pour ce genre de situation : des textes pas trop longs, la possibilité d'une évasion immédiate si le style est vivant. C'est le cas, je me laisse embarquer. Mais je sens rapidement une pression sur ma droite: ma voisine se penche légèrement vers mon livre. Mine de rien, je modifie la position de mon bras pour qu'elle puisse elle aussi profiter de la lecture. J'ai fini la page, pas elle.  J'attends. Au relâchement de son regard, je sais qu'elle a fini, je tourne la page. elle reprend sa lecture silencieuse et appliquée. Moi aussi. A la fin du conte, je me tourne vers elle, interrogative. Elle me regarde et à voix basse "C'est important ce qui est là dedans". j'acquiesce d'un hochement de tête. "Où est-ce qu'on peut le trouver?" "Dans une librairie ou en bibliothèque". J'explique comment ça fonctionne et l'interroge. Elle est dans une école professionnelle. Elle veut être coiffeuse. Mais elle aime les contes. La preuve, deux jours plus tard, je me retrouve à nouveau à côté d'elle. "Vous  l'avez plus votre livre de contes?"
Qui prétend que les jeunes n'aiment pas lire?

PS. Merci à Jean Marie TOURE  et à ses contes,  pour ce moment de bonheur partagé.